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neuchatel venus The Venus figures of Neuchâtel - Monruz

The Venus of Courbet



Courbet venus

This venus has apparently been carved so that it is in a seated position, rather than standing erect as most venuses do.

Photo: http://www.connaissancedesarts.com/archeologie/diaporama/les-femmes-de-la-prehistoire-90233.php#




Courbet venus

The Courbet venus. About 14 900 years old. Fine-grained red quartzite. 25 mm. Musée Toulouse-Lautrec d’Albi.

Photo: Caldwell (2005)




The site

The Roc du Courbet is one of a series of Upper Palaeolithic rockshelters near the village of Bruniquel, in France's Tarn region. Located within the face of a massif or cliff (now known as Courbet), it was first explored by Vicomte de Lastic Saint-Jal in 1863, and then by de Lastic, M. des Serres and R. Owen in 1864 (Owen1869a). It is believed that the majority of the remains recovered were derived from de Lastic's black layer or 'couche noire', which is thought to date to Magdalenian V or VI; however, the provenance of remains within this layer is not clear. Furthermore, both human and animal remains were found within not only a black layer ('limon noir'), but also a red layer ('limon rouge') and a breccia deposit. Owen took such an interest in the cave itself, as well as the faunal and artefactual remains which had been recovered from it, that he purchased de Lastic's first collection for the British Museum in 1864.

Text above: Kaagan et al. (2011)

Bruniquel - Courbet horse heads


Two horse heads engraved on antler from Roc du Courbet, Bruniquel, BM Palart.508. Length of specimen 15.1cm.

Photo: © The Trustees of the British Museum. All rights reserved. Kaagan et al. (2011)




Bruniquel carved image
Portion of rib of a Deer, with incised outlines of the heads of Reindeer and Bouquetin (ibex - Don ) from the Cavern of Bruniquel.

Photo: Owen (1864)




Bruniquel carved image
Portion of wing-bone of a bird with incised outlines of the head of Reindeer (Cervus tarandus ) from the Cavern of Bruniquel

Photo: Owen (1864)




Bruniquel - Courbet figure







The grotte du Courbet is also called the Caverne Bruniquel. This figure is from the same site.

Photo: Leroi-Gourhan (1982)




Bruniquel - Courbet figure







Lalinde figure from Courbet / Bruniquel, upper Magdalenian, engraved on a tablet.

Photo: Alaux (1972)




Bruniquel - Courbet figure







Lalinde figure from Courbet / Bruniquel, with other Lalinde figures for comparison.

Photo: Alaux (1972)




Bruniquel  vertical longitudinal section

Vertical longitudinal section of Cavern of Bruniquel.

The Cavern of Bruniquel, briefly noticed by Marcel de Serres in the subjoined passage from his work "Sur les Cavernes a Ossemens", is situated in a grand escarpment of the Jurassic limestone bordering the river Aveyron, opposite the village of Bruniquel, Department of Tarn and Garonne. The entry of the cavern is in the face of the cliff, about 40 feet above the bed of the river, partly concealed by a projecting peak of rock behind which is a platform showing evidence of having been artificially flattened, so as to serve apparently as a stand-point for defence.

Photo and text: Owen (1864)




Bruniquel  entry

Entry of Cavern of Bruniquel.

The entry (now bricked up, with a door in charge of a keeper of the proprietor, the Vicomte de Lastic St. Jal) is of an oblong form, about 20 feet in width, and from 8 to 12 feet in height; the cavern widens a little beyond the entry, expanding to a breadth of about 50 feet two-thirds of the way towards the opposite end: the length of the cavern is between 60 and 70 feet; it has a pretty regular domed roof, and from the lowest part of the present excavated floor to the top is from 15 to 20 feet.

Photo and text: Owen (1864)




Bruniquel  horizontal section





Horizontal section, Cavern of Bruniquel.

Photo: Owen (1864)




Bruniquel diagram





Vertical Transverse Section, Cavern of Bruniquel.

Photo: Owen (1864)




Courbet venus

~14 500 BP




L'Anthropologie, (Paris) - Tome 96 (1992), n° 2-3, pp. 349-356

LA VENUS DU COURBET par Edmée LADIER* (* Institut du Quaternaire. Centre François Bordes. U.R.A. 133 CNRS. 33405 Talence.)

Courbet venus Résumé. - La grotte du Courbet (Penne, Tarn) est connue depuis le siècle dernier pour la richesse de son mobilier osseux attribuable au Magdalénien moyen et supérieur. Lors d'une fouille de sauvetage urgent sur ce site, le 30 Juillet 1986, une "Vénus" fut mise au jour. Sculptée dans un petit bloc de roche gréseuse rouge. cette figurine est de très petites dimensions: 25 mm x 18 mm x 8 mm. Elle est complète et la tête montre un visage assez détaillé. La statuette se trouvait à l'entrée de la grotte, dans une petite cache dont l'accès correspond à la première occupation de la grotte, qu'on peut situer au Magdalénien moyen IV.


Courbet cross section







Abstract. - The courbet Venus. The "Grotte du Courbet" (Penne, Tarn) has been known since the last century for the richness of its bone portable art dating from the Middle and Late Magdalenian.

On 30th July I986, during an urgent salvage dig a "Venus" was uncovered. It is a very small figurine: 25mm x l8mm x 8mm, carved in red sandstone. It is complete and the face is fairly detailed. The statuette was at the entrance to the cave, in a little cache, corresponding to the cave's earliest occupation ascribed to Middle Magdalenian IV.


Courbet venus La Vénus du Courbet
a profil droit - right side view
b vue de face - front side view
c profil gauche - left side view
d vue de 3/4 droit - right 3/4 side view
e vue de dos - back side view
f vue de 3/4 gauche - left 3/4 side


1. SITUATION ET CIRCONSTANCES DE LA DECOUVERTE

Connue aussi sous le nom de "Grotte des Forges" et "Caverne de Bruniquel", la grotte du Courbet se trouve sur la rive droite de l'Aveyron, à proximité du hameau de Borie-Basse, commune de Penne (Tarn). Elle se situe dans un ensemble de sites du Paléolithique supérieur centrés au confluent de la Vère et de l'Aveyron, près du village de Bruniquel (Tarn-et-Garonne). Cet ensemble comporte essentiellement une série d'abris sous roche occupés au Périgordien supérieur (Abri des Batuts, Penne) et au Magdalénien moyen et final (Abris du Château, Bruniquel) et deux grottes ornées (grotte de la Magdeleine, (Penne, Tarn) dans la vallée de l'Aveyron) et grotte de Mayrières (Bruniquel, T et G, dans une vallée sèche affluente de la Vère). Ces sites, fouillés pour la plupart au siècle dernier, ont donné un abondant mobilier qui n'a jamais fait l'objet d'études approfondies (1). (1) Nous reprenons l'étude des principaux sites magdaléniens dans le cadre d'une thèse en recherche intégrée (Paléontologie- Préhistoire) à l'Institut du Quaternaire a Bordeaux.


La grotte du Courbet est une petite grotte sans intérêt spéléologique creusée dans un banc de calcaire bajocien. Elle s'ouvre vers l'Est, à 12 m environ au-dessus du lit de l'Aveyron. Son entrée est en partie encombrée par un éboulis ancien, de peu antérieur à l'occupation paléolithique de la grotte.

Cet éboulis, causé par l'effondrement de la falaise ou s'ouvre la cavité, ferme en partie le porche d'entrée au Nord et s'étend en pente raide jusque dans le lit de l'Aveyron.

Connue et exploitée à des fins mercantiles au siècle dernier, la grotte a donné une belle série d'objets d'art mobilier, conservés au British Muséum à Londres et récemment publiés par A. Sieveking (Sieveking, 1987).

Depuis, bien des fouilles désordonnées se sont succédées dans la grotte, ne laissant en place qu'un lambeau de sédiment de 2,50 m de large par 9 m de long, à l'aplomb du porche d'entrée.

La multiplication des fouilles clandestines et dégradations diverses nous amenait à y réaliser deux campagnes de fouilles de sauvetage en 1985 et 1986.

C'est au cours de cette dernière campagne, le 30 Juillet 1986, que fut mise au jour la figurine féminine en ronde-bosse, dite "Vénus du Courbet (1). (1) Nous exprimons toute notre gratitude a M. G. Calmels de Caussade (82), propriétaire de la grotte, et à sa famille pour leur compréhension et leur désintéressement. Nous tenons à remercier tous les membres de l'équipe de fouille : B. Barella, R. Destruel. V. Girard, R. Guicharnaud, P. Matzakis, J.-P. Pennanguer, P. Pisani, J. Sermet. Leurs noms resteront associés à la découverte, en particulier Jean Sermet, dont l'œil d'amateur d'Art sut reconnaître la statuette.

2. DESCRIPTION La figurine est de très petites dimensions, c'est une véritable miniature : 25 mm de haut, 18 mm de large, 8 mm d'épaisseur. Elle représente une femme, d'aspect trapu, aux jambes pliées. La représentation du visage, dont on connaît la rareté dans l'Art Préhistorique, lui donne un intérêt supplémentaire et tout à fait exceptionnel.

On peut la caractériser par deux termes antinomiques : massive et anguleuse. Elle est sculptée dans une roche gréseuse, à grain très fin, de couleur brique. Une fine croûte de calcite couvre le dos et une partie du côté gauche de la statuette, et quelques cristaux de calcite se remarquent çà et là, particulièrement dans les parties incisées.

Aucune détermination pétrographique précise n'a été tenté en raison de ses dimensions. Il n'est pas possible d'effectuer un prélèvement si minime soit-il, sans l'endommager. Il en va de même de la dureté que nous n'avons pas voulu tester, même à l'ongle.

La faible épaisseur de la statuette par rapport à sa hauteur et à sa largeur, la dissymétrie marquée des flancs et des fesses en vue postérieure, les « passages » anguleux des profils à la vue de face montrent l'aménagement d'un petit bloc de matériau aux formes initialement évocatrices.

La tête est bien représentée mais le cou est mal dégagé. Il est indiqué dans le dos par un sillon horizontal, mais sur le devant le bas du visage repose directement sur la poitrine (2).

(2) Nous utiliserons aussi peu que possible la terminologie anatomique médicale, car il paraît téméraire de l'appliquer à une oeuvre d'Art d'aussi petite taille, où les volumes anatomiques sont simplifiés à l'extrême.

Le visage est sommairement traité en raison de ses dimensions (6 x 6 mm). Il se caractérise essentiellement par la présence d'un regard intense. Les yeux eux-mêmes ne sont pas représentés. Seules les cavités oculaires sont indiquées, anguleuses, profondes, subhorizontales, constituées chacune par deux incisions se rejoignant presque à la racine du nez (2).

Une arête verticale suggère à la fois le nez, la face et le menton. Le sommet de la tête est légèrement bombé. On ne note aucune indication de coiffure ou de chevelure. Le bas du visage, triangulaire, aigu, se dégage nettement en deux plans rentrants qui ont été délimités après le façonnage de la poitrine.

Un examen à la loupe permet d'observer que si le côté droit du dessous du visage a été sculpté d'un seul jet, le côté gauche a été obtenu en deux passages d'outil.

Les épaules sont étroites et peu dégagées en raison de l'épaisseur insuffisante du matériau. Le dos semble montrer la surface brute de celui-ci, autant qu'il est possible de la voir sous les concrétions de calcite.

On pourrait discerner un sillon inter fessier, sur le haut des fesses : encore est-il en position asymétrique, sans vigueur, et il paraît être plutôt un accident naturel.

Les flancs et le devant du corps sont beaucoup plus soignés.

La poitrine, volumineuse et pendante, repose sur un ventre saillant. Les seins ne sont pas individualisés, et le dessus de la poitrine se présente comme un plan triangulaire, curviligne, très semblable à celui qui forme le dessus des cuisses.

La forme et la nature du matériau semblent avoir interdit à l'artiste une traduction meilleure du volume des seins. Leur modelé latéral est cependant visible et bien rendu sur les deux profils, le profil droit étant plus expressif. On distingue sur ces profils une incision d'un modelé très doux prolongeant, en remontant vers l'épaule, le plan qui indique le dessous de la poitrine, et sépare celle-ci du ventre. Un léger sillon vertical visible sur le côté droit n'est pas l'indication d'un bras mais une trace de raclage.

Le ventre, saillant, porte une arête médiane adoucie. Sa base est indiquée, comme la base du visage et celle de la poitrine, par deux plans rentrants. Là encore, la partie inférieure du ventre a été réalisée après le dessus des cuisses et de la même manière que le bas du visage : d'un seul jet pour le côté droit, en deux fois pour le côté gauche. L'outil a ripé, ce qui a causé une fine éraflure qui part de la région de l'aine à gauche pour s'achever au dessus du genou droit. Le volume (relatif) du ventre et ses proportions peuvent indiquer un état de grossesse avancée.

Les jambes sont pliées, l'articulation du genou est marquée de façon très nette. Les cuisses sont indiquées, sur leur région antérieure, par un plan triangulaire curviligne dont la pointe figure les genoux. Leur face postérieure est dans le prolongement exact du fessier, aussi proéminent qu'anguleux. La partie postérieure des jambes est particulièrement travaillée. Le creux poplité est très vigoureusement entaillé de plusieurs passages d'outil.

Sur la face antérieure, la séparation des jambes est marquée par une arête légère, détail tout à fait exceptionnel dans la figuration féminine en ronde-bosse. Habituellement, cette séparation est indiquée par un sillon. Il faut noter aussi l'absence de séparation des cuisses, tant sur leur face antérieure que postérieure.

Les pieds sont indiqués par un renflement où peuvent être suggérés, de profil, la pointe et les talons, autre détail exceptionnel. Sur le côté gauche, on peut voir une petite écaillure qui a dû se produire lors du façonnage des jambes.

Les fesses sont très proéminentes, mais rien n'indique une cambrure des reins. Le dos est au contraire très rectiligne, très droit et même raide.

On ne peut qualifier de stéatopyge ce fessier pourtant très proéminent, car l'angle formé par le dessus des fesses et le dos est de 120° environ : la stéatopygie, « strictu senso », se définit par la présence d'un angle inférieur à 90° (Passemard, 1938).

On dirait que l'artiste a tenté, avec succès d'ailleurs, de compenser le manque d'épaisseur de son matériau par une exagération de la projection postérieure des fesses. Cette volonté de rendre le volume latéral des fesses et des hanches est manifeste sur le côté droit de la statuette : l'artiste a pratiqué une incision au niveau de la taille, au dessus d'une rondeur plus accentuée située à hauteur de la hanche droite. Cette incision, courte, nette, parvient à donner un effet de volume latéral.

On note une très légère trace d'usure au niveau des pieds ; partout ailleurs, le modelé est d'une très grande fraîcheur : la statuette n'a pas été utilisée en pendeloque, malgré ses dimensions et n'a pas été beaucoup manipulée.

L'attitude de la figurine est délicate à interpréter, puisque nous ne savons comment l'orienter exactement.

La pliure des jambes fait penser au premier abord à la position assise, mais on peut, par comparaison avec certains figures gravées, penser à une attitude ployée, penchée en avant, qui pourrait être alors une position d'accouplement (Pales, 1976).

3. OBSERVATIONS TOPOGRAPHIQUES

La statuette se trouvait dans une cavité naturelle sous un gros bloc d'éboulis situé à l'entrée de la grotte.

Comme souvent, lorsque l'observation a pu être faite, (Delporte, 1960) elle se trouve dans une position topographique particulière, à l'écart ou protégée de l'activité quotidienne.

La présence de mandibules de Renne, exactement superposés, situées à proximité immédiate de la cache, dans des couches différentes (8 et 9) et invisibles d'une couche à l'autre, ne peut être valablement interprétée comme ayant un rapport avec la présence de la statuette. Cette concentration de mandibules, dans des niveaux qui correspondent à l'accès de la cache, peut être aléatoire : nous n'avons aucun élément de comparaison sur une plus large surface sur le site. Nous nous bornerons donc à signaler le fait, sans en tirer aucune conclusion.

En revanche, le fait que la statuette se soit trouvée à l'entrée de la grotte, à l'aplomb exact du porche, n'est peut-être pas indifférent. Mais là encore la plus grande prudence est de mise.

4. OBSERVATIONS STRATIGRAPHIQUES

La cache où se trouvait la statuette, contenait aussi quelques ossements de Renne.

Lors de la découverte, la cache était scellée par 0,90 m de brèche très dure, qui fut fouillée à la massette et au burin. Il faut de plus avoir à l'esprit qu'en cet endroit, lors de la dernière occupation paléolithique, les niveaux archéologiques sus-jacents atteignaient une puissance de plus de 4 m (Ladier, 1988).

L'accès de la cache correspond aux couches 9 et 10, qui sont les plus anciennes et représentent la première occupation de la grotte, directement sur l'éboulis qui encombre l'entrée. Cet accès a ensuite été scellé par l'accumulation de sédiment. La statuette est donc contemporaine de cette première occupation humaine (figure 3).

Etant donné les conditions de la fouille du XIXe, et le faible volume des niveaux encore en place que nous avons fouillés, l'attribution culturelle précise de la statuette est délicate.

Nous savons que les niveaux supérieurs de la grotte correspondent aux Magdaléniens V et VI (présence de harpons unilatéraux et bilatéraux). La puissance du remplissage située entre les niveaux supérieurs (4 m) et la couche 10 (1ère occupation du site) nous font pencher pour une occupation logue avant les Magdaléniens V et VI.

Nous inclinons donc à situer la première occupation au Magdalénien moyen IV. Le mobilier lithique et osseux trouvé en fouille dans les couches correspondant à l'accès de la cache est trop peu abondant pour permettre une diagnose, mais ne s'oppose pas à cette attribution.

Nous précisons et limitons l'attribution chronologique au Magdalénien moyen IV dans la mesure où cette phase est bien représentée sur les sites voisins des abris du Château à Bruniquel (T et G). En revanche nous ne possédons pas actuellement d'éléments suffisamment nombreux qui permettent de montrer sur ces sites l'existence de phases antérieures au Magdalénien.

5. COMPARAISONS

La Vénus du Courbet n'est vraiment comparable à rien de connu dans l'Art paléolithique. Il est vrai que les « Vénus » magdaléniennes sont rares en Europe Occidentale.

Les éléments de comparaison les plus proches sont d'une part la Vénus d'Enval, ronde-bosse de dimensions voisines (Bourdelle, 1979 ; Pales, 1979) et d'autre part les figurines du Petersfels et celles de Gönnersdorf, bien qu'elles appartiennent toutes au Magdalénien supérieur et final (Bosinski, 1982).

La Vénus d'Enval présente bien des points communs avec la Vénus du Courbet (1). La technique utilisée (ronde-bosse), les dimensions réduites (31 mm), l'importance de la région fessière, mais aussi le rendu de certains volumes anatomiques : la région antérieure des cuisses rendue par un seul plan, et la partie inférieure du ventre dont le modelé est très voisin. (1) Nous exprimons toute notre gratitude à Y Bourdelle qui nous a donné l'occasion d'examiner la statuette d'Enval.

Mais elle présente aussi des différences essentielles, comme l'absence d'extrémités. La présence d'un visage peut difficilement être prise en compte dans la comparaison, dans la mesure où il est situé sur la partie antérieure de l'abdomen, alors que la tête manque (Pales, 1979).

D'autre part, son modelé moelleux, particulièrement sensible sur la face postérieure, forme un contraste saisissant avec la sécheresse et l'austérité de la Vénus du Courbet.

Mais quelle part revient aux contraintes matérielles et culturelles de l'artiste, et à sa sensibilité propre ?

Les figurines en jais du Petersfels, dont certaines, par leur contour de profil se superposent presque exactement à la Vénus du Courbet, sont d'une exécution moins savante, que leur nature (pendeloque) peut expliquer. On peut y remarquer le même fessier à la fois proéminent et anguleux, la position des jambes et surtout le traitement accentué en plusieurs coups d'outil du creux poplité.

Mais les figurines du Petersfels n'ont de bien indiqué que la région fessière. Les têtes ne sont jamais représentées, le buste se réduit à un appendice parfois percé d'un trou de suspension. Les jambes ne sont pas non plus détaillées.

Les figures gravées du Gönnersdorf montrent un contour général très voisin de la Vénus du Courbet, avec le dos souvent droit, le fessier anguleux et proéminent à la fois, les jambes pliées, moins nettement parfois. On note cependant là aussi des différences majeures : les figurines d'Allemagne et d'Europe Centrale, sont sveltes (poitrine menue ou absente) et sont dépourvues de tête et de pieds. Elles montrent un état de stylisation très avancé caractéristique du Magdalénien final (Bosinski 1982).

Il faut mentionner aussi les figurines anthropomorphes de Bédeilhac et du Mas d'Azil (celle-ci féminine à coup sûr) réalisées toutes deux sur dents de cheval, respectivement une canine et une incisive.

Elles sont toutes deux de dimensions réduites, possèdent un visage, particulièrement détaillé pour celle du Mas d'Azil. Leur position stratigraphique extrêmement floue impose une grande prudence. Elles peuvent être contemporaines, et attribuées au Magdalénien IV (Delporte, 1979). Cependant, la petitesse des figurines et la représentation des visages dans un Magdalénien IV probable constituent d'intéressants points communs entre elles et avec la Vénus du Courbet. On peut penser à un état ou à une étape de la figuration féminine antérieure à la stylisation extrême atteinte au Magdalénien final.

6. REMARQUES SUR LE STYLE ET LA TECHNIQUE La nature et le volume initial de matériau semblent avoir, comme souvent dans l'Art paléolithique, une incidence primordiale sur l'œuvre.

Dans un tel matériau, de si petite taille, l'artiste est très limité dans son expression. La simple manipulation, la prise en main d'un objet aussi petit est difficile. La course des outils y est très limitée (Dauvois, 1972). Il a donc fallu une très grande maîtrise technique pour obtenir ce modelé net et franc, et un grand talent pour concevoir une si harmonieuse disposition des volumes. La netteté et l'acuité du modelé, l'absence de traces d'usure montrent que le façonnage n'a pas été obtenu par polissage ou frottement. Les volumes ont été obtenus avec un outil tranchant, dont on peut voir les traces, sous formes d'entailles et de raclage, sur le visage, les seins, le ventre, le creux poplité, le côté droit.

On peut déduire à l'observation les étapes de l'élaboration des volumes. Le dos et le dessus des fesses sont bruts, les détails de la partie antérieure ont été exécutés en dernier : bas du visage, dessous des seins et du ventre. L'enlèvement de matière, quel qu'ait été le volume initial du matériau, est de toute manière importante.

L'absence de détails vestimentaires (vêtements, parure, coiffure) est dû moins à la nature du matériau qu'au parti-pris de l'artiste. La finesse de certains détails, le visage en particulier, permet de penser que l'absence de ce type d'indication est délibéré. Il faut noter enfin que la couleur rouge du matériau n'est sans doute pas indifférente.

7. CONCLUSION

La « Vénus du Courbet » enrichit une série de figurations féminines magdaléniennes de la Vallée de l'Aveyron, disparates par leur technique, mais qui constituent une intéressante concentration.

Les figurines gravées de Fontalès (Darasse, 1956) et du Courbet (Alaux, 1972) s'inscrivent bien parmi les représentations féminines du Magdalénien final d'Europe occidentale (Gare de Gouze, Hohlenstein, etc.) tant par leur style que par leur position stratigraphique (Lorblanchet et Welté, 1987).

En revanche, les « Vénus » en bas relief de la Magdeleine, attribuées au Magdalénien moyen tant par Breuil (Breuil, 1952) que par Leroi-Gourhan, (Leroi-Gourhan, 1965) sont uniques et par là même inclassables. Elles n'ont en commun avec leur voisine du Courbet qu'une réelle proximité géographique et une proximité chronologique possible, ce qui est bien peu.

La « Vénus du Courbet », malgré son originalité remarquable, montre la plupart des éléments caractéristiques des figurations féminines magdaléniennes : attitude ployée, visible de profil ou de trois-quarts, fessier proéminent et anguleux, absence de bras.

Sa massivité, son obésité, la présence de la tête avec l'indication du visage et de pieds bien indiqués et traités avec soin, permettent de la situer dans une phase antérieure au Magdalénien final, où les figures féminines se caractérisent par leur sveltesse et leur schématisme, traduits par l'absence d'extrémités.



8. BIBLIOGRAPHIE

ALAUX J.F. (1972) : Gravure féminine sur plaquette calcaire du Magdalénien supérieur de la Grotte du Courbet. BSPF, 69, 4, pp 109-112.

BOSINSKI G. (1982) : Die Kunst der Eiszeit in Deutschland und in der Schweitz. Katalogue vor und frühgeschichtlicher Altertümer. Band 20 Bonn.

BOURDELLE Y. (1979) : L'Abri Durif à Enval (Vic le Comte, Puy de Dôme). I - Etude préliminaire du Magdalénien final du fond de l'Abri. Gallia Préhistoire, T22, 1, pp 87-111.

BOURDELLE Y., DELPORTE J.-L. et VIRMONT J. (1971) : Le gisement magdalénien et la Vénus d'Enval, commune de Vic le Comte, Puy de Dôme. L'Anthropologie T 75, pp 119-128.

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DELPORTE H. (1960) : Une nouvelle statuette paléolithique : la Vénus de Tursac. L'Anthropologie, T 63, 3-4, 1959, pp 233-247.

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LEROI-GOURHAN A. (1965) : Préhistoire de l'Art Occidental. Paris, Mazenod.

LORBLANCHET M. et WELTE A.C. (1987) : Les figurations féminines stylisées du Magdalénien Supérieur du Quercy - Actes du LXIIe Congrès d'Etudes Régionales, Société des Etudes du Lot, TCVIII, pp 3-58.

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References

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  4. Leroi-Gourhan, A., 1982: Präistorische Kunst, Ursprünge der Kunste in Europa. 5. Aufl. 1982.
  5. Marshack, A., 1972: The Roots of Civilization: the Cognitive Beginning of Man’s First Art, Symbol and Notation New York, McGraw-Hill
  6. Owen, R., 1864: Description of the Cavern of Bruniquel and its Organic Contents. No. 970 of Letter-book. British Museum pp. 517-533 January 24th, 1864.

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